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Inventaire à la Prévert
Voici bientôt 3 ans que nous nous sommes installés sur ce superbe terroir du Jurançon, en provenance d'un horizon professionnel complètement différent, et je profite de cet édito pour partager avec vous ma vision encore fraîche du métier de vigneron.
C'est aussi l'occasion de rendre un hommage à tous mes collègues qui sont dans ce métier depuis bien longtemps pour la plupart, et dont on n'imagine pas la somme de patience, d'inventivité, de courage et de ténacité dont ils font preuve pour mener à bien ce beau métier.
Car le métier de vigneron fait appel à des compétences d'une diversité incroyable.
C'est tout d'abord un métier de la terre, en plein air, au plus près de notre environnement naturel.
Chacun de nous, un jour ou l'autre, est amené à effectuer de nouvelles plantations. Il faut alors coiffer sa casquette de géologue avant d'effectuer les terrassements qui respecteront au mieux le relief de nos coteaux, en favorisant l'épanouissement de la vigne, la bonne exposition des rangs, le bon drainage. On analysera aussi les sols de façon approfondie pour en mesurer le potentiel et les carences, effectuer les éventuelles corrections à apporter (fumure, chaulage, ensemencements pour engrais verts) et choisir le porte-greffe le mieux adapté, à la fois au sol et au cépage qu'il portera.
La vigne en production nécessite ensuite de vrais talents de jardinier : on taille, on bèche, on désherbe, on entretient et remplace les piquets et les fils, on accompagne la pousse par le palissage, l'épamprage, l'ébourgeonnage, le rognage, l'effeuillage, on la protège des maladies et enfin on récolte, c'est le temps des vendanges.
Bien entendu il faut aussi être météorologue, pilote (de tracteur) dans nos coteaux aux belles pentes, sur des sols souvent argileux qui peuvent être extrêmement glissants après une bonne pluie, mécanicien, et chef d'équipe dans l'organisation du travail et le respect des règles de sécurité.
Après les vendanges, le vigneron va aussi devoir transformer son raisin en Jurançon. Ce sont d'autres savoir-faire, d'autres techniques et d'autres matériels à choisir et utiliser. Mais ce travail du chai n'est pas seulement très technique, appuyé sur la chimie et la microbiologie du vin. C'est aussi une mise en éveil de tous nos sens.
L'ouïe nous aidera dans le suivi des fermentations, le remplissage des tonneaux, la détection d'une prise d'air au soutirage, ou d'une fuite sur un robinet mal fermé, la localisation des tonneaux vides.
L'odorat et le goût sont clefs pour les dégustations, le suivi d'élevage, les assemblages, la sélection des tonneaux (et oui, on goûte aussi de l'eau), la propreté du matériel.
Par la vue on appréciera la limpidité du vin et on vérifiera que tout est bien en place avant de démarrer un soutirage, ou une mise en bouteilles.
Enfin le toucher nous permet d'apprécier la température et l'hygrométrie du chai sans forcément avoir besoin de les lire sur un capteur.
Et quand le vigneron n'est ni dans ses vignes, ni dans son chai, c'est qu'il travaille au bureau ou est en voyage, car c'est un vrai chef d'entreprise. D'autres compétences entrent alors en jeu. Il fait le commercial, et même le manutentionnaire et le transporteur sur les salons. C'est le directeur de la stratégie qui développera de nouvelles gammes et une politique tarifaire.
Il est aussi bien souvent graphiste (pour ses étiquettes entre autres).Il doit au minimum avoir des notions de comptabilité, d'informatique et de droit quant il faut créer une société ou penser à sa succession. Le vigneron est aussi souvent membre plus ou moins actif de diverses organisations professionnelles. C'est même un agent de l'Etat qui collecte la TVA !
Il est directeur de communication, attaché de presse. Notre belle association « La Route des Vins du Jurançon » fait partie des moyens mis en place par les vignerons eux-mêmes pour communiquer sur nos Jurançons.
Mon inventaire à la Prévert prend fin, même si par nature il est incomplet, car le vigneron est pour la plupart d'entre nous père ou mère de famille, pluriactif (salarié en entreprise, éleveur, etc.), étudiant quand il doit aller se former sur de nouvelles techniques ou de nouvelles règlementations, et pour certains poète, comme nous avons pu le constater dans les éditos précédents.
Pour terminer (Enfin ! diront certains), ce métier de vigneron est donc à la fois très technique et très humain, il allie des savoir-faire millénaires à des technologies de pointe, pour offrir un produit de plaisir et de convivialité. C'est un métier d'artisanat où l'identité du vigneron se retrouve dans son vin.
Le dernier mot sera pour remercier ces vignerons du Jurançon qui malgré des journées à 35 heures (ou presque), prennent encore le temps pour répondre aux questions de leurs collègues débutants, pour partager leurs connaissances et expériences mais aussi pour aider et rendre service à ceux qui en ont besoin.
Françoise Casaubieilh, vigneronne, Domaine Guirardel à Monein
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