Retour aux notions de viticulture
 


Histoire millénaire du vin

En 1969, des archéologues firent, dans le pays vallonné situé à environ 25 km au sud-ouest de Damas, une étonnante découverte. Ils mirent à jour des pressoirs à fruits et à raisin, dont les experts estimèrent l'âge à près de 8 000 ans. Manifestement, les habitants de cette cité préhistorique se montraient plus habiles que leurs voisins, dans la construction et dans la fabrication d'outils. Les pépins de raisin découverts auprès des pressoirs indiquent qu'il s'agissait ici de vin de vigne sauvage ou d'une boisson analogue.

Le chiliDe semblables trouvailles de pépins de l'ancêtre du raisin actuel, en Amérique du Nord et du Sud (Chili), sur les îles Sandwich et tout particulièrement parmi les déchets près des constructions sur pilotis de l'âge du bronze (ainsi, en 1973, dans les tourbières de Fiavé, dans les Alpes italiennes), corroborent l'hypothèse selon laquelle le vin fut inventé, le plus souvent par hasard, là où la vigne croît à l'état sauvage. C'est encore la nature, sans doute, qui a produit la fermentation du jus de raisin, notamment dans les régions climatiques chaudes de la Méditerranée. S'il est vrai que le moût fermenté n'a pas toujours un goût identique à notre vin actuel, il devait en tout cas avoir un effet enivrant. L'auteur de la Génèse (9, 20-21) affirme d'ailleurs de façon convaincante : "Noé, le cultivateur, se mit à planter une vigne. Ayant bu du vin, il s'enivra..."

Les premiers renseignements concrets dont nous disposons sur la façon d'obtenir du vin à l'époque et sur les habitudes des amateurs nous viennent des sceaux cylindriques sumériens. Ces "label de qualité" en marbre, en graphite ou en lapis-lazuli servaient depuis le milieu du quatrième millénaire avant notre ère à appliquer sur les tonneaux de vin destinés au temple, un cachet qui en indiquait la valeur. Ce sont là les premiers maillons d'une chaîne d'indices presque ininterrompue partant du Sud-Est européen. Nous voyons comment la viticulture quitte sa patrie d'Orient pour se répandre dans les pays voisins. Vers 3000 avant Jésus-Christ, les Phéniciens pratiquent un commerce intensif du vin. Depuis 2800, les Egyptiens en connaissent la fabrication et la longue conservation.

Mais ce n'est qu'aux débuts de l'âge d'or de la Grèce antique qu'il prit parmi les autres boissons et les produits de l'agriculture sa place éminente.
Vers 600 avant Jésus-Christ, la culture du vin et des fruits fut protégée par la loi en Grèce, un siècle après que le poète épique Hésiode ait décrit en détail l'obtention des vins "doux". Le culte de Dionysos, avec ses orgies rituelles, se développa en Grèce vers 500 avant notre ère. Cent ans après, le philosophe grec Platon décrivait un "banquet", repas commun entrecoupé de discours plein d'esprit. Hippocrate, un des premiers médecins scientifiques de Grèce, ne pouvait manquer, à la même époque, de recommander l'usage modéré du vin.

Tandis que les marchands grecs, vers 500 avant Jésus-Christ, faisaient parvenir le vin aux princes germaniques, les colons ioniens cultivaient déjà, en Gaule, les premiers vignobles. Sur les côtes est et sud-est d'Espagne également, les premières cultures de vignes apparaissaient.

A Rome, le vin était encore, à cette époque, une boisson réservée au culte et à laquelle les femmes n'avaient pas droit. Avec l'expression de l'Impérium Romanum se répandirent aussi les connaissances au sujet de la viticulture - ainsi que la consommation du vin, au nord et au nord-est des Alpes.

Le Moyen Age: une marée de vin:

Dès 160 avant notre ère, le politicien romain Caton avait publié un traité sur la fabrication du vin. Mais c'est surtout à son savant compatriote Varron que nous devons une abondante littérature sur l'agriculture, datant environ de 50 avant Jésus-Christ. Dans un ouvrage "De re rustica", Colomelle décrit en l'an 60 de notre ère, la viticulture de son temps, qui, comme peu après Pline le confirmera dans "Histoire naturelle", atteignait déjà un excellent niveau.

Une fois ces techniques acquises, elles allaient garder leur valeur pour des siècles. On cultiva la vigne dans toute l'Europe centrale, en Angleterre dès le XVIlème siècle et dans les pays du Nord-Est européen à partir du XIIÈ siècle. Au nombre des grands promoteurs de la viticulture, il faut compter Charlemagne et aussi les couvents, qui influencèrent de façon déterminante et sa technique et sa propagation. C'est aux environs de 1100 que furent fondées plusieurs villes importantes pour le commerce du vin, entre Augsbourg et Bordeaux. Ce même commerce était favorisé, depuis 1447, par la Hanse en Europe septentrionale.

Au XVIème siècle, alors que des vignobles existaient pratiquement dans toute l'Europe, les fraudes et les falsifications atteignaient un tel degré que les coupables furent punis avec une extrême sévérité. En même temps, vers 1550, les "sociétés de tempérance" et de nombreux pamphlets luttent contre l'habitude de boire, de plus en plus répandue. Rien qu'en Allemagne, les vignobles occupent, en 1600, 300 000 ha (contre 82 000 aujourd'hui). Le vin devient chaque jour plus populaire.

Mais, suite à la guerre de Trente Ans, des impôts très élevés, une importation croissante de vins du Sud-Est européen et la suppression des monastères amenèrent, depuis 1650, un recul de la viticulture en Europe centrale. Ce n'est que dans les régions climatiques particulièrement favorisées que la culture de la vigne s'est maintenue, ainsi que, hors de l'Europe, par l'amélioration de la technique. La culture intensive provoque de nos jours une nouvelle surproduction, surtout en ce qui concerne le vin ordinaire.


 
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